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Le renard, ni ange, ni démon

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S’il y a un animal qui agite les esprits et excite l’imaginaire depuis des siècles, c’est bien le renard, le goupil, son nom antérieur, historique. Souvent haï et honni, symbole de perfidie, de malice et de brigandage, il cristallise bien des rancoeurs. Ancré dans la tradition populaire, le renard est un sujet central de la littérature et de la cynégétique. On songe, comme une évidence, au Roman de Renart, au grand La Fontaine (où il negagne pas toujours !) en passant par le Livre de la chasse de Phébus, aux manuels de piégeage, à  d’Houdetot et au grand Buffon. Une richesse qui
tient à la fois de la fascination et de la répulsion. « La légende dorée du renard est aussi riche que celle du loup », nous rappelle Pierre-Louis Duchartre dans son irremplaçable Dictionnaire de la chasse (éditions du Chêne). « Passer un lièvre en vitesse, vaincre un renard en finesse, surpasser un vieillard en adresse sont trois prodiges du hasard », nous dit un dicton du XVIIIe siècle. Chasseurs, veneurs, piégeurs admirent l’acuité de son odorat, de sa vue et de son ouïe… Éclectique dans son alimentation, c’est un opportuniste qui peut se révéler redoutable pour la basse-cour, le gibier, en particulier à l’époque de la reproduction. Infatigable marcheur, notre animal est aussi un vecteur de maladies transmissibles à l’homme, comme, notamment, hier, la rage, et, aujourd’hui, l’échinococcose alvéolaire (ou le ténia du renard, qui peut provoquer une très grave maladie du foie chez l’homme). Classé pendant longtemps chez nous sous le dénominatif peu flatteur de ‘‘puant’’, « c’est un ennemi que l’on cherche à anéantir par tous les moyens. Bien que cette
réprobation soit en partie fondée, elle est cependant très exagérée », lit-on dans le Larousse de la chasse, paru en 1954. Bref, au cours des siècles, des décennies, des années, c’est davantage un animal que l’on piège (‘‘régule’’ dirait-on aujourd’hui), plus qu’on ne le chasse. N’oublions pas qu’il y a encore quelques années, il fournissait
une matière première non négligeable pour la fourrure (60 000 peaux par an dans les années 1950). Certes, aujourd’hui encore, c’est le piégeage qui permet – n’ayons pas peur des mots – le contrôle des populations. Certes, il est chassé à tir, à courre (une cinquantaine d’équipages découple aujourd’hui en France sur le renard), ou déterré,
mais cela reste presque anecdotique, alors même qu’il est considéré comme animal de chasse à tir en Europe centrale, et qu’outre-Manche nos voisins anglais le tiennent en haute estime, avec le fox hunting, sport national s’il en est.

Si nous allons et voulons évoquer le renard dans nos pages, même de manière succincte, c’est parce qu’il est devenu un symbole des antichasse les plus virulents. N’est-il pas ainsi l’emblème de l’Aspas (Association pour la protection des animaux
sauvages) ? Cette frange écologiste en a fait son cheval de bataille pour la défense du
‘‘vivant’’, de la ‘‘biodiversité’’. À leurs yeux, le renard est paré de toutes les vertus, tout en reconnaissant que cet « être ambigu » (sic !) n’est nullement menacé… Entre approximations, mensonges éhontés, fondés sur l’émotion et un anthropomorphisme
dévoyé, nous voulons essayer de montrer à travers ce dossier le renard tel qu’il a toujours été, tel qu’il est, non tel qu’une partie de l’opinion publique et des médias, souvent par rance, voudrait qu’il soit.